En Suisse, les prix des logements suivent une tendance globalement haussière depuis le début de la décennie. Le marché n’évolue toutefois ni au même rythme partout ni de manière parfaitement linéaire.
Derrière la moyenne nationale se cachent des écarts considérables entre les cantons, les communes et parfois les quartiers. Pour évaluer correctement un projet immobilier, il faut donc regarder au-delà des indices généraux et comprendre l’effet du crédit, de la rareté de l’offre, de la démographie et des caractéristiques propres à chaque bien.
Une hausse toujours nette, mais moins spectaculaire qu’au début des années 2020
L’indicateur officiel de référence est l’indice suisse des prix de l’immobilier résidentiel (IMPI), calculé chaque trimestre par l’Office fédéral de la statistique à partir de transactions réelles. Au quatrième trimestre 2025, il atteignait 125 points, pour une base 100 fixée au quatrième trimestre 2019. En six ans, les logements en propriété se sont donc renchéris d’environ un quart. Sur l’ensemble de l’année 2025, leur hausse annuelle moyenne s’est élevée à 4,6 %.
La progression s’est poursuivie au premier trimestre 2026. L’IMPI a augmenté de 1,5 % par rapport au trimestre précédent pour atteindre 126,8 points. Sur un an, la hausse mesurée par l’OFS s’établissait à 4,7 %, avec une augmentation de 4,6 % pour les maisons individuelles et de 4,8 % pour les appartements en propriété.
Une autre mesure du marché, publiée par UBS, faisait état d’une progression de 3,5 % sur douze mois au premier trimestre 2026. Cette différence ne constitue pas une contradiction : les indices ne reposent pas sur les mêmes sources, les mêmes périodes de calcul ni les mêmes méthodes. En avril, les prix demandés dans les annonces ont par ailleurs marqué une pause, avec un léger recul pour certaines maisons individuelles et une stagnation globale pour les appartements. Ces signaux montrent un marché plus sélectif, mais pas un retournement généralisé.
Ces indicateurs décrivent avant tout une tendance de marché, corrigée autant que possible des différences de qualité entre les biens vendus. Ils ne permettent pas de déterminer précisément la valeur d’un objet situé dans une rue donnée. C’est là qu’intervient l’expertise locale : un courtier immobilier à Yverdon comme l’agence Immobilier Tinguely peut confronter les statistiques nationales aux biens actuellement en vente et aux transactions observées dans le Nord vaudois.
Les quatre facteurs qui pèsent le plus sur les prix
Les mécanismes qui influencent le marché sont bien identifiés, mais leur importance varie selon les périodes et les territoires.
| Facteur | Effet sur les prix | Situation mi-2026 |
|---|---|---|
| Coût du financement | Des taux bas améliorent la capacité d’emprunt et soutiennent la demande | Taux directeur de la BNS à 0 % et taux fixes indicatifs compris approximativement entre 1,3 % et 1,8 % selon la durée |
| Offre de logements | La rareté limite le choix des acquéreurs et soutient les prix | Dernier taux de logements vacants officiel à 1 % au niveau national |
| Démographie et emploi | La multiplication des ménages accroît les besoins en logements | Demande concentrée dans les bassins d’emploi et les communes bien desservies |
| Qualité et emplacement du bien | Déterminent une grande partie des écarts entre des objets proches | Différences importantes selon la rue, l’état, la vue, les nuisances et les travaux nécessaires |
Le coût du financement
Le crédit constitue l’un des leviers les plus immédiats du marché immobilier. La Banque nationale suisse maintient son taux directeur à 0 % depuis juin 2025. Début juillet 2026, les taux hypothécaires fixes indicatifs se situaient autour de 1,3 % sur trois ans, 1,5 % sur cinq ans et 1,8 % sur dix ans, avec des écarts parfois importants selon les établissements et le profil de l’emprunteur.
Une baisse des taux ne se traduit cependant pas automatiquement par une augmentation équivalente du budget. En pratique, les établissements demandent généralement environ 20 % de fonds propres minimum et testent la capacité financière avec un taux théorique proche de 5 %, auquel s’ajoutent l’amortissement et les frais d’entretien. Le calcul repose donc sur un coût bien supérieur au taux réellement facturé. Ces contraintes doivent être intégrées dès le début dans un plan de financement immobilier suffisamment solide pour rester supportable en cas de remontée future des taux.
La rareté structurelle de l’offre
Le dernier dénombrement officiel disponible fait ressortir un taux de logements vacants de 1 % au 1er juin 2025, contre 1,08 % un an auparavant. Il s’agissait de la cinquième baisse annuelle consécutive. Dans la région lémanique, ce taux descendait même à 0,83 %, avec des situations encore plus tendues dans certains cantons.
La production de logements neufs demeure limitée par la disponibilité des terrains constructibles, les recours, la durée des procédures et la politique de densification vers l’intérieur. Cette dernière vise à mieux utiliser les zones déjà urbanisées, mais les projets de transformation ou de surélévation sont souvent plus complexes à réaliser que des constructions sur des terrains libres. Tant que l’offre progressera moins vite que le nombre de ménages, la rareté continuera de soutenir les prix dans les régions attractives.
La démographie et le dynamisme économique
La demande dépend moins du seul nombre d’habitants que du nombre de ménages à loger. La croissance démographique, les séparations, le vieillissement de la population et la tendance de long terme à des ménages plus petits augmentent les besoins immobiliers.
L’attractivité économique locale joue également un rôle essentiel. La présence d’entreprises, la stabilité de l’emploi, la proximité des écoles et la qualité des liaisons ferroviaires ou autoroutières déterminent une grande partie de la demande. Lorsqu’un centre urbain devient trop cher, celle-ci se reporte souvent vers les communes voisines offrant des temps de trajet raisonnables.
Les caractéristiques propres au bien
À l’échelle d’une transaction, les caractéristiques du logement peuvent peser davantage que l’évolution annuelle du marché. Deux objets de même surface situés dans la même rue peuvent afficher des valeurs très différentes selon :
- la situation exacte dans la commune, l’orientation et la vue ;
- les nuisances sonores et la proximité des axes de circulation ;
- l’étage, la luminosité et la présence ou non d’un ascenseur ;
- l’année de construction et l’état général du bâtiment ;
- l’ampleur des rénovations à prévoir à court et moyen terme ;
- la performance énergétique, de plus en plus prise en compte dans les négociations ;
- la qualité des espaces extérieurs, des annexes et des places de stationnement.
Pourquoi les moyennes nationales ne suffisent pas pour analyser un marché local
L’exemple d’Yverdon-les-Bains illustre les limites des estimations générales. En juillet 2026, les plateformes immobilières consultées affichaient un prix moyen situé entre environ 7 800 et 8 500 francs le mètre carré. L’écart approchait donc 9 % entre des services censés mesurer la même commune. Les différences sont encore plus marquées lorsque les maisons et les appartements sont étudiés séparément.
Une plateforme situe ainsi le prix moyen autour de 7 700 francs le mètre carré pour les maisons et de 7 950 francs pour les appartements, tandis que d’autres évaluent les appartements à plus de 9 000 francs. Les fourchettes publiées s’étendent parfois d’environ 4 300 à plus de 13 000 francs le mètre carré selon le type de bien. Ces valeurs proviennent néanmoins d’annonces, d’estimations automatisées ou de modèles statistiques : elles ne doivent pas être confondues avec un relevé exhaustif des prix effectivement inscrits lors des ventes.
Sur vingt-cinq ans, certaines estimations font apparaître une progression supérieure à 110 % pour les maisons comme pour les appartements. Cette évolution de long terme ne permet toutefois pas de fixer le prix actuel d’un logement précis. Une moyenne communale mélange des objets anciens et neufs, rénovés ou à rénover, bien situés ou exposés à des nuisances importantes.
Cette dispersion n’est donc pas une anomalie. Elle traduit des méthodes, des échantillons et des périmètres différents, mais aussi la nature profondément hétérogène de l’immobilier. L’OFS applique d’ailleurs une correction de qualité, dite hédonique, afin de comparer des biens dont les caractéristiques évoluent au fil des transactions. Sa méthodologie détaillée est publiée en accès libre. Un indice mesure une évolution générale, et non la valeur exacte d’un objet.
Ce que cela change concrètement pour un acheteur ou un vendeur
Pour un vendeur, le meilleur point de départ n’est ni la moyenne communale ni le prix affiché dans les annonces voisines. L’estimation doit reposer sur des transactions comparables réellement conclues, suffisamment récentes et corrigées en fonction de l’état, de la situation et des prestations du bien. Un prix de lancement excessif risque d’allonger le délai de commercialisation et d’imposer ensuite plusieurs baisses successives, ce qui peut fragiliser la négociation.
Pour un acheteur, la faiblesse des taux améliore les conditions de financement, mais elle ne doit pas faire oublier le niveau élevé des prix ni les critères de capacité financière appliqués par les banques. Les indicateurs de surchauffe d’UBS sont d’ailleurs remontés de 0,46 à 0,69 point au premier trimestre 2026. Le risque restait classé comme modéré à l’échelle nationale, même si certaines régions présentent des déséquilibres plus marqués.
Il n’existe donc pas de moment idéal valable pour l’ensemble de la Suisse. Une décision pertinente dépend avant tout du marché local, de la qualité du bien, du prix négocié, de la durée prévue de détention et de la capacité du ménage à absorber des dépenses imprévues ou une future remontée des taux.


