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21 mai 2013
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Stéphane Hessel : la résistance vous parle

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L’établissement de la démocratie la plus large.

les 13 au 14 Mars 2004, le peuple commémore le programme du Conseil national de la Résistance à l’occasion de ses 60 ans.

Le 4 Octobre 2007, dans un article intitulé « Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde ! » [1] paru dans le magazine Challenges.fr, Denis Kessler, l’ex vice-président du MEDEF s’exprimait ainsi : « La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! »

Sur fond de « grogne sociale » [2], nous vous proposons d’écouter les propos de Stéphane Hessel enregistrés le 13 mars 2004 à Nanterre à l’occasion de la commémoration du programme du Conseil national de la Résistance. Un document original produit et diffusé par Passerellesud.

Droits de l’homme, démocratie, citoyenneté, droits des femmes : une exigence constante et sans cesse renforcée.

Conférence en ligne Mp3 :

AIDE
Stéphane Hessel MP3 Durée 11’46

Transcription :

En Mars 1944, au moment où le Conseil national de la Résistance adopte définitivement un programme ambitieux dans lequel les droits de l’Homme occupent une place importante, je me trouve envoyé de Londres en France, à la tête d’une mission de réorganisation des réseaux radio, et je me fait cravater quelques mois après par la gestapo, et je me retrouve donc loin de France, au moment où les programmes du Conseil national vont être confrontés avec la réalité de la Libération.

Je souligne brièvement à quel point la situation à l’époque était une situation où le mot même de droit de l’Homme apparaissait très largement pour la première fois. Et pourquoi ? Parce que ce sont précisément ces droits qui avaient été gravement bafoués, violés et rendus incompatibles avec la gestion du pouvoir, aussi bien naturellement par les Italiens, les Allemands, les Espagnols, que le gouvernement de Vichy. Il était donc naturel que les camarades qui travaillaient sur un programme - sur un nouveau programme- qui devait donner lieu à une orientation à la vie de la France après la Libération aient eu à cœur de mentionner les droits, mais pas n’importe quels droits et déjà à l’époque, beaucoup plus de droits qu’il n’en figurait dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de la Révolution française, puisque la notion de droits économiques, sociaux, culturels - qui allait trouver son plein épanouissement au sein de la commission des Droits de l’Homme de l’organisation des Nations Unies, deux ans plus tard - figurait dans ce qui intéressait les résistants. Et par conséquent, nous retrouvons aujourd’hui une préoccupation semblable, même si les circonstances extérieures sont naturellement très différentes, et c’est toujours là dessus que je m’efforce d’insister pour ceux qui nous écoutent.

C’est que, si nous ne sommes plus, dans la situation de la fin de la deuxième guerre mondiale où des défis extrêmement lourds se posaient à notre pays qui avait été défait, massacré, rendu inefficace pendant des années, nous sommes à nouveau dans une situation ou le déni des droits est inscrit dans un certain nombre de politiques mondiales, contre lesquelles nous n’avons pas encore trouvé les moyens les plus efficaces de résister. Nous n’avons pas les défis qui ont conduits nos camarades dans les camps de concentration - où j’en ai retrouvé malheureusement un grand nombre - mais les défis qui sont aujourd’hui ceux auxquels nous avons à faire face pour justifier notre respect et notre culte des Droits de l’homme ; Ces défis comportent maintenant très largement l’hégémonie de forces financières, économiques et politiques qui ne considèrent ces droits -pour lesquels nous nous sommes battus et que nous avons eu l’espoir de conquérir en 1944-45- ces droits sont de plus en plus mis sous la tutelle de volontés hégémoniques, financières, économiques qui s’intéressent à la productivité, qui s’intéressent au bien être des parties les plus privilégiées, des différentes nations qui travaillent ensemble, mais pas à ceux du peuple. Or à l’époque nous avions du peuple français une considération qui était liée au fait que ce peuple - après avoir d’abord hésité, après avoir d’abord fait confiance d’une certaine manière à son maréchal Pétain - était devenu au cours des années 1944, un peuple mobilisé en faveur de ses libertés et de ses droits.

(...)

Essayer de modifier les mentalités, c’est-à-dire lutter contre ce que l’on appelle d’un terme très général mais juste, la marchandisation et la financiarisation de l’économie. Ce mouvement a pris une telle ampleur au cours du dernier demi siècle, mais peut être plus fortement encore au cours des dernières décennies, qu’il est maintenant très difficile du lutter contre.

On peut dire, les mentalités traditionnelles étaient autres, mais les mentalités se sont laissées tellement envahir par cette notion de compétitivité et de marchandisation, telles que pour lutter contre, il faut aller très loin déjà dans l’éducation des enfants, ce qui est très loin d’être fait. Et je dirais que malheureusement même dans les pays d’Afrique ou d’Amérique latine où il y avait une tradition de non marchandisation, d’honneur familial, de solidarité entre les ethnies, et bien ça s’est beaucoup dégradé et aujourd’hui, quand vous allez dans ces pays et que vous essayer d’y retrouver ce souffle d’une solidarité plus forte que nous y recherchons, malheureusement nous le trouvons très peu et au contraire la contagion de la marchandisation et de la financiarisation est très forte.

Donc il y a effectivement une lutte à mener et puisque nous parlons de résistants, et puisque nous nous targuons d’être des anciens ou même des nouveaux résistants, il faut dire que la résistance aujourd’hui, au seuil d’un siècle qui est particulièrement destructeur, et pour la planète, et pour les mentalités des hommes, avoir affaire à des jeunes résistants, c’est-à-dire qui ne se laissent pas convaincre « qu’il n’y a rien à faire, c’est comme ça, pas autrement , il faut donc trouver chacun sa voie dans le pays tel qu’il est ! » ces résistants là nous en avons grand besoin ! (...)

Il me semble que nous sous-estimons la force, la bonne conscience, l’intérêt de ceux qui actuellement dominent le monde par leur propriété, leur richesse et leur puissance. Ils ont bonne conscience, ce qui n’était pas le cas dans d’autres périodes de l’histoire, où il y avait des méchants que l’on pouvait attaquer, au Moyen-Âge ou ailleurs.

Aujourd’hui ces gens trouvent que tout va plutôt bien. Ils ont leurs avantages qui leur sont reconnus, on n’ose pas trop les attaquer parce que si on les attaquait, on donne l’impression que l’on veut être des révolutionnaires et que les révolutionnaires ça fait peur, et donc leur force est beaucoup plus grande que nous ne le soupçonnons. On peut naturellement laminer peu à peu leur assurance, leur arrogance, par une meilleure connaissance du fonctionnement réel de l’économie. Ceux qui détiennent actuellement les ficelles du pouvoir et de l’économie doivent être rendus conscients de ce que leur attitude n’est pas compatible avec le bon fonctionnement de l’humanité sur cette terre.

(...)

On a parlé de la presse et je voudrais beaucoup insister là-dessus. Il est malheureux que nous ayons une faiblesse de la presse progressiste, une presse qui soutienne les mouvements là, où ils font des travaux. On ne lit pas assez dans les journaux et même dans les journaux qui se disent des journaux de gauche - je pense à Libération, à la Croix, au Monde - on ne lit pas assez ce qui se fait effectivement dans les différentes régions de notre pays et plus encore, ce qui se fait dans les pays d’Europe où il y a également des avancées du droit et des avancées de la revendication dont nous avons intérêt à prendre connaissance et à savoir ce qu’ils font.

Alors les vendeurs d’armes ne sont pas les seuls dans l’immense mafia qui actuellement existe dans toutes les régions du monde sur les armes, sur la prostitution, sur le crime, sur les stupéfiants et nous avons besoin de créer des organisations mondiales fortes qui soient animées par des gens convaincus et passionnés, il y en a, il n’y en a pas encore assez, mais c’est un travail qu’il faut faire.

(...)

Laissez moi simplement vous dire que la tâche qui est la vôtre, est beaucoup plus difficile que celle qui a été la nôtre. Nous y avons laissé beaucoup de plumes, hélas nous avons perdu beaucoup de camarades dans cette guerre et dans cette résistance, mais ce que nous avions à faire été relativement simple et clair. Ce que vous avez à faire est très compliqué et très difficile, parce que vous avez à lutter contre des tendances lourdes et des tendances qui sont bien retranchées, hélas non seulement en France, mais dans l’ensemble des sociétés industrialisées et qui sont très différentes de ce dont auraient besoin les autres régions du monde. Donc, la tâche que vous avez devant vous est lourde et difficile et je suis plein de sympathie pour ceux qui l’entreprennent et qui ne se laissent pas décourager, mais il faut savoir que la société mondiale actuellement dispose, disposerait de moyens suffisants pour répondre positivement à tous ses problèmes et que ce qui est scandaleux, c’est que ces moyens qui existent ne soient pas utilisés comme ils devraient l’être, mais soit monopolisés par un petit nombre de ceux qui détiennent les rênes de l’économie et du pouvoir. Voila le seul message que je voulais vous laisser  »


Pour citer cet article :

Thomas Gauthier, « Stéphane Hessel : la résistance vous parle », Passerellesud.org, première diffusion le 12 novembre 2007. ISSN : demande en cours. URL : http://passerellesud.org/Stephane-Hessel-la-resistance-vous.html

Notes

[1] Source : challenges.fr

[2] Terme utilisé par la rédaction de France 2 le jeudi 8 novembre pour qualifier les mobilisations sociales actuelles. « Grogne » : Un des symptômes les plus graves du « malaise », un signe de l’animalité privée de mots des « grognons ». « Grognements » : Ne se dit pas, mais tient lieu de parole chez les grognons. Extrait de : MEDIAS ET MOBILISATIONS SOCIALES, la morgue et le mépris ?

Cet article a été publié le lundi 12 novembre 2007

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