Conférences en ligne - Entrevues - mp3 - Hebdomadaire - Association pour le Maintien d’une Information Indépendante : AMII
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Paradoxalement, nous n’avons jamais eu autant de messages écologiques, une telle prise de conscience. Partout, des politiques publiques. Partout, du développement durable. Partout, des entreprises vertes… Et en même temps, la crise écologique n’a jamais été aussi grave qu’à l’heure actuelle. Comment peut-on comprendre la concomitance de ces deux éléments ? Comment se fait-il que finalement à une époque où tout le monde parle et ou toutes les politiques publiques prétendent faire de l’écologie, la crise écologique est plus grave que jamais ? Alors, je suis parti de l’idée que tout le monde ne parlait pas de la même chose concernant l’écologie et qu’il existe deux manières radicalement différentes de penser et de faire de l’écologie ; et que ces deux manières existent dès le départ du mouvement écologiste et qu’elles constituent deux pôles assez clairement opposés de la pensée et de la pratique écologique.(…) D’une part, c’est l’écologie politique radicale, cette écologie politique qui nait dans le années soixante dix. Des noms comme André Gorz, Ivan Illich, René Dumont ou Cornélius Castoriadis, ce que j’ai appelé l’écologie par en bas. Et de l’autre coté ce que j’ai appelé l’écologie par en haut et qui correspond à l’idéologie de la modernisation écologique de l’économie, qui est plus connue sous le nom de développement durable. »
La victoire du développement durable est essentiellement due à la disparition des grandes alternatives politiques. Le développement durable est la politique d’une société en apparence sans choix. Il est cette menue monnaie des grandes alternatives déchues dont parle Jacques Rancière à propos de la participation, une des thématiques favorites du développement durable (voir plus bas).
Point de vue que ne partage pas du tout Louis Schweitzer, PDG de Renault, car, celui-ci, affirme de son côté : « Le développement durable n’est ni une utopie ni même une contestation, mais la condition de survie de l’économie de marché » [1]
Comment alors et pourquoi retrouver une vision subversive, radicale de l’ordre économique ? Comment justifier la nécessité d’opter pour un changement profond de l’imaginaire ? Décroire pour décroitre comme le disait Marie-Dominique Perrot dans notre article éponyme. Quel rapport au pouvoir, pour rester dans la radicalité et ne pas tomber dans le réformisme tout en influençant la vie politique ?
Enregistrée par Passerellesud le 18 octobre 2009 à l’Université libre de Belgique à Bruxelles. Romain Felli est auteur du livre intitulé Les deux âmes de l’écologie publié en 2009. Cet ouvrage traite, malgré son existence très récente, de l’ histoire de l’écologie, des chemins qu’elle peut prendre et surtout de l’opposition entre ce qu’il conceptualise et caractérise des deux « âmes » de l’écologie.
Romain Felli Mp3 durée : 23'35
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Romain Felli a suivi une formation de géographe à l’Université de Lausanne et de philosophie politique à Sciences Po Paris. Ses travaux portent sur les relations qui existent entre l’environnement et les organisations sociétales, sur la question des réfugiés politiques et les notions de justice et de crise écologique globale. Il enseigne l’ Histoire des Idées à l’Université de Lausanne.
(…) Cette politique de participation est aussi prônée par l’ OCDE en encourageant à améliorer la transparence et la participation du public à tous les niveaux des gouvernements :
A) En permettant la participation effective des entreprises, des travailleurs, des consommateurs et des organisations non-gouvernementales aux débats sur les modes de production et de consommation, de manière à faciliter la transition vers le développement durable.
B) En donnant au public un accès à l’information et à des moyens efficaces de faire entendre sa voix (par exemple procédures judiciaires) [2].Le développement durable met au cœur de sa politique les procédures participatives, mais en raison de leur fonction instrumentale. Ces procédures doivent permettre, d’une part une meilleure remontée de l’information vers le pouvoir central, d’autre part de faire mieux admettre et appliquer des projets décidés en amont.
La participation, entendue en ce sens, permettrait une meilleure circulation de l’information dans le système de pilotage politique. Elle répondrait à l’idée que les gouvernants prendraient des mauvaises décisions à cause d’un déficit d’information en provenance de la base, car les pratiques quotidiennes et les désirs des individus ne seraient pas connus ou compris des gouvernements. Les procédures participatives, au contraire, permettraient d’institutionnaliser une manière de faire remonter les savoirs et les désirs locaux, afin que le pouvoir politique puisse décider en connaissance de cause. Il ne s’agit donc pas, par la participation, de créer un espace de débat et de décision politique, mais plutôt d’instaurer une modalité technique de reformation gouvernementale, une manière de mieux contrôler l’information.
Les discussions doivent alors être sérieusement encadrées : L’élaboration d’une stratégie interne cohérente de consultation et de participation du public (qui préciserait notamment a quel stade doit intervenir la consultation), puis la définition de principes qui régiraient avec précision les mécanismes retenus dans cette stratégie, notamment un accord sur les moyens à mettre en œuvre, la marche à suivre par chaque participant et les modalités d’exploitation des résultats contribueraient à rehausser la qualité des consultations [3]. A cet égard, nous pouvons parler de « participation-consultation », la participation n’étant appréhendée que comme une manière de fournir des renseignements.
Par ailleurs, la participation serait un moyen de faire comprendre et accepter les décisions politiques à l’ensemble des citoyens. Il s’agit de leur soumettre une proposition, ou un projet, et de les faire débattre à ce sujet. En leur donnant l’occasion de participer, de discuter, de débattre des projets, les citoyens seraient ainsi amenés à comprendre les motivations fondant ces politiques et à les accepter plus facilement. Il ne s’agit nullement d’organiser un débat sur le bien-fondé des projets présentés, mais de les faire comprendre et accepter parce que « nécessaires ». Comme le dit l’OCDE : La transparence des activités des pouvoirs publics est nécessaire pour offrir des possibilités de participation active des citoyens au débat sur le développement durable et forger un consensus sur les reformes nécessaires [4]. La participation serait donc un moyen de gouvernement permettant d’éviter des blocages ou des oppositions trop nombreuses, en incorporant les désirs et les demandes des citoyens. Cette seconde modalité pourrait se nommer « participation-consensus ». Dans un cas comme dans l’autre, le lieu du pouvoir, celui de la décision, reste hors de la sphère participative, et l’aspect démocratique de ces modalités de gouvernement est donc inexistant.
Les deux modalités de procédures participatives du développement durable sont particulièrement importantes dans le cas de l’application des « agendas 21 locaux ». L’agenda 21 est le programme d’action de l’ONU pour la planète, décidé au Sommet de la Terre à Rio en 1992. Il se décline en programmes locaux, au niveau des régions, des municipalités ou des quartiers sous le nom d’Agenda 21 locaux (…)
http://passerellesud.org/Romain-Felli-Les-deux-ames-de-l.html
[1] Interview Enjeux Les Echos, mensuel, décembre 2004.
[2] Développement durable, Quelles politiques ?, Paris, OCDE, 2001, p.29
[3] OCDE, op.cit., 2001, p.65.
[4] Ibid., p.55.
« Pour une civilisation sans monnaie »
Décroissance