Conférences en ligne - mp3 - Hebdomadaire - Association pour le Maintien d’une Information Indépendante : AMII
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Passerellesud : Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est la Directive Services ?
Frédéric Viale : la Directive Services est une directive qui vise à ce que l’ensemble des services prestés sur le territoire de l’ Union Européenne le soient dans des conditions identiques, en harmonisant toutes les prestations de services. La réalité est que cette directive aboutit à une libéralisation de l’ensemble de ceux-ci, c’est-à-dire, leur mise en concurrence.
P. : Existerait-il une certaine filiation entre cette directive et l’Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS) dont vous pourriez nous rappeler la définition ?
F. V. : L’AGCS est un des accords qui fait partie de l’organisation mondiale du commerce (OMC). Cet accord vise à ouvrir l’ensemble des services à la concurrence, c’est-à-dire qu’il vise à ce que toutes les entreprises puissent être en liberté de prester les services partout dans le monde de manière équivalente. Donc la filiation entre l’AGCS et la Directive Services est idéologique. C’est l’idée que partout dans le monde ou dans l’Union Européenne, les services soient réalisés de la même manière avec le but d’exacerber leur mise en concurrence.
P. : Dans le cadre du « développement des relations éducation-entreprise, de l’école à l’enseignement supérieur », Le MEDEF s’exprime en termes de « compétitivité équitable » [1] auprès de certains établissements scolaires, que vous évoque cette formule ?
F. V. : « Compétitivité équitable », cela ne veut rien dire ! La compétitivité, c’est la compétitivité, cela n’a strictement rien à voir avec l’équité. On aurait pu tout aussi bien dire compétitivité verte ou dire n’importe quoi. Cà ne veut rien dire ! La compétitivité est le fait d’être capable d’être en concurrence avec d’autres et de remporter des marchés. Je ne vois pas du tout le lien avec le caractère équitable de ce genre d’opération… Mais vous savez, c’est assez habituel, le MEDEF nous a habitué à cet espèce de langage orwellien qui ne veut rien dire. Vous savez, pour parler des licenciements, il parle bien de plan social...
P. : Vous avez évoqué lors de votre intervention l’idée de renouveau démocratique, qu’entendez-vous par cela ?
F. V. : Voila une question absolument redoutable ! Parce qu’en fait, nous sommes supposés vivre en démocratie mais en réalité, nous vivons dans un système dans lequel les électeurs sont invités à se déposséder de leur droit de décider pour eux-mêmes en mettant un bulletin dans l’urne puis, dans l’intervalle, à laisser tout cela à des représentants élus au terme d’élections, ou les questions sont peu traitées ou mal traitées ; par des médias par ailleurs assez peu fiables. Nous sommes donc en réalité dans une démocratie de façade, d’autant que nous avons inventé, en plus de cette dépossession citoyenne, un système qui s’appelle l’Union Européenne, dans lequel, les décisions se prennent sans les élus de toute façon... Le renouveau démocratique, c’est simplement reconnaitre que les gens puissent avoir quelque chose à décider par eux-mêmes, pour eux-mêmes et s’occuper de ce qui les concerne. C’est cela dont je parle, il s’agit d’un programme extrêmement vaste qui passe par une révision complète des modes de politique actuelle, des institutions et des pratiques, mais qui concerne aussi les médias dominants, posant des problèmes considérables.
P. : Cela pourrait passer par une révision constitutionnelle par exemple ?
F. V. : Cela passerait nécessairement par une révision constitutionnelle mais les institutions ne sont qu’un aspect des choses. En réalité, il y en a bien d’autres… La question de l’éducation, mais aussi la possibilité de prendre des décisions au niveau local et de les appliquer... Dans le mouvement altermondialiste, on parle de démocratie participative. Ce sont des choses qui doivent être prises au sérieux et mises en place réellement. C’est cela le renouveau et surtout le fait de ne plus accepter comme étant une évidence, des règles qui viennent s’imposer aux populations qui n’en veulent pas ! ■
Propos recueillis à Villeneuve d’Ascq par Passerellesud média libre le vendredi 15 avril 2011, suite à l’intervention publique de Frédéric Viale intitulée : « Directive Services : une nouvelle étape vers la marchandisation des services publics ? ». A suivre : Passerellesud diffusera prochainement l’enregistrement de cette conférence.
Note : Lors de cet entretien, nous avons tenté de mettre à jour le lien qui pouvait exister entre la Directive Services et L’AGCS. Sur le thème de l’AGCS il est possible de consulter notre article multimédia intitulé Raoul Marc Jennar : « L’AGCS et la démocratie c’est incompatible ». Une archive originale produite par Passerellesud est republiée, en complément, pour la parution de cet article.
http://passerellesud.org/Qu-est-ce-que-la-Directive.html
[1] Voir l’éditorial de Laurence Parisot dans la Lettre du challenge Education Entreprise N°3 Novembre 2011 - un document transmis à notre rédaction par un enseignant.
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