Conférences en ligne - Entrevues - mp3 - Hebdomadaire - Association pour le Maintien d’une Information Indépendante : AMII
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Offrez-vous l’expérience mentale d’un monde sans argent, un « sociotope » sans argent ; imaginez une économie où les prix sont abolis, où la création de produits et services, ainsi que l’emploi lui-même, ne dépendent plus des profits qu’il faut en faire : Bienvenue dans la Désargence !
Rencontre avec Jean-Paul Lambert, auteur de recherches sur les hypothèses d’une économie sans argent. Depuis l’année 2011 ses travaux l’ont conduit à formuler l’idée de Désargence.
Il est l’auteur de plusieurs ouvrages et responsable de publication de la revue
PROSPER [1].
Entrevue Jean-Paul Lambert Mp3 durée : 9'46
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:: EXTRAIT ::
Passerellesud : Qu’est ce que la Désargence ?
Jean-Paul Lambert : Ce que le mot veut dire... « dés » est un suffixe privatif, c’est à dire, sans argent, faire une économie sans argent, rompre avec l’argent, avec l’aliénation de l’argent. C’est un programme de recherches pour un sociotope, comme on peut dire un biotope, un sociotope sans argent c’est à dire, imaginer une société dans laquelle l’argent n’est plus la pollution majeure. L’argent pollue tout, nos relations humaines et notre relation avec la planète. La Désargence est donc une recherche, vaste, qui implique tous les usagers, aussi bien d’ailleurs ceux qui se trouvent engagés dans une économie basée sur les profits monétaires, obligatoires, parce qu’on ne peut pas survivre, à aucun échelon de la société, si on ne fait pas de profits monétaires. L’idée centrale, pour laquelle on est arrivé à cette idée de Désargence, est qu’actuellement, tout le monde est conscient des impasses d’une société qui fonctionne à l’argent mais toutes les idées de transitions, elles sont gentilles, les gens qui les proposent sont généreux, plus généreux les uns que les autres, mais ils regardent l’avenir dans un rétroviseur… Alors non ! Nous essayons à partir de deux ou trois idées simples : une technique et quelques principes, de sortir de l’impasse. (...)
Selon vous, à quoi ressemblerait une société sans argent ?
Le plus beau symbole que je peux évoquer, donner, est l’exemple d’une banque sans argent. J’ai déjà soutenu cette thèse à Evry, à l’occasion d’un colloque sur le thème des banques de l’avenir, et cela n’avait pas offensé du tout la faculté d’entendre quelqu’un dire que les banques de l’avenir serait des banques sans argent, c’est à dire des banques de données. L’idée de la Désargence est de fonder l’économie sur les ressources. Il faut les quantifier (numéroter et informatiser) voilà pourquoi, vous allez comprendre tout de suite pourquoi ; quand vous achetez un produit, les codes-barres, qui intéressent la caissière, nous intéressent directement parce qu’ils indiquent le prix dont nous devons nous acquitter mais ils correspondent aussi, au circuit des renouvellements (ndlr du point de vue de la gestion des stocks de marchandises disponibles). Supposons que le circuit des prix soit interrompu, pour une raison ou pour une autre, rien n’empêchera le circuit des renouvellements de continuer à fonctionner. Or, aujourd’hui, ce circuit des renouvellements est très souvent interrompu du fait que les profits monétaires ne suivent plus. Alors on ne trouve plus le profit, puis on nous explique « Mais monsieur, ce n’était plus possible parce que les patrons ne finissaient pas leurs fins de mois, ils n’y arrivaient plus... ». Mais, les ressources ne manquent pas pour autant, les chômeurs sont des gens qui ne demandent qu’à travailler ; donc, nous sommes riches de toutes sortes de possibilités, il nous est interdit de nous en servir à cause de l’argent. L’argent est devenu contre-productif ! Alors, à quoi ressemblerait une économie sans argent ? Sa réussite est une économie fondée sur les ressources ou les usagers peuvent choisir, en allant à la banque de données - c’est l’idée -, ils font un projet, la banque de données leur dit si les ressources sont disponibles, elle calcule des seuils de rentabilité, des matières, pour que personne ne manque de rien. Il y a donc des choix institués, ce sont des détails de gestion tout à fait gérables à notre époque. Nous sommes capables de gérer des TGV ou de prévoir la météo, il n’y a pas de raison pour qu’on ne sache pas gérer en temps réel, les dépenses énergétiques, matérielles... Une économie sans argent, ça ressemblerait aussi à une pacification générale de la société. C’est à dire que nous sommes plus obligés de nous entre tuer les uns les autres, par la concurrence économique et l’émulation peut remplacer la concurrence. Dans une société sans argent on peut jouir directement des capacités immenses que nous avons et qui sont aujourd’hui gelées parce qu’il faut obligatoirement faire des profits monétaires...
Pourquoi abolir les profits monétaires ?
C’est tout à fait évident... aujourd’hui, pour faire n’importe quoi, il faut faire des profits monétaires alors, on les fait à partir de n’importe quoi. Du coup, on produit une quantité de choses complètement inutiles. On pleure après la croissance pour qu’elle revienne mais on oublie toujours de dire que la croissance, c’est d’abord la croissance des profits monétaires ! Cette croissance des profits monétaires conduit également à une croissance des dépenses matérielles. Or, la planète ne résiste plus ! Alors, j’entends bien des gens dire que la planète n’y arrivera plus mais ils ne donnent pas la cause pour laquelle, elle est, dans un si piteux état. C’est parce que la pression monétaire sur la planète est devenu insupportable.
Est-il possible de participer aux recherches, en cours, sur la Désargence ?
Oui bien sûr, au contraire, vous êtes très demandés ! Nous sommes une petite équipe, plus elle s’agrandira mieux ça vaudra ! Nous demandons des personnes qui ont de l’audace, beaucoup d’audace conceptuelle, imaginative et aussi qui aient un regard sur les capacités que nous avons aujourd’hui pour voir ce que deviennent, dans un sociotope sans argent, des questions comme l’habitat, l’éducation, les rapports entre les personnes ; des questions comme le stress, la nourriture, toutes ces choses là... Qu’est ce que cela devient dans une société sans argent dans laquelle nous ne sommes plus soumis aux profits monétaires et à la peur des contraintes imposées par l’argent. Il y a déjà un programme de recherches disponible sur notre site Desargence.org. Il y aura aussi prochainement une première journée de la Désargence pour laquelle nous allons lancer un appel à contribution sur les sujets que je viens d’évoquer. Prenez contact avec nous, nous vous expliquerons ! Vous pourrez y présenter votre propos (même si nous ne sommes pas entièrement d’accord), cela permettra d’émettre des hypothèses, parce que ce qu’il y a de plus important aujourd’hui, c’est d’ouvrir des hypothèses ; alors que tout le monde regarde dans le rétroviseur... !
Propos recueillis par Passerellesud.
Dans ce document, Jean-Paul Lambert annonce la tenue d’une journée de réflexion et de débat sur le thème d’une Civilisation Sans Argent.
http://passerellesud.org/Qu-est-ce-que-la-Desargence.html
[1] Jean-Paul Lambert est responsable de la revue PROSPER (distributisme, écologie, usages, pour la maîtrise de leurs usages par les usagers) et de deux antennes web desargence.org et prosperdis.org.
Il a publié dans les revues ESPRIT, La Gueule Ouverte, on pourra lire dans La Revue du MAUSS (Mouvement anti-utilitariste dans les sciences humaines) n° 14, « Pensez usages ! Plaidoyer pour l’usologie ».
Il est l’auteur d’un roman au Seuil et de plusieurs essais.
Écologie et distributisme. La planète des usagers, par Jean-Paul Lambert, l’Harmattan, 1998, 128 p., ISBN : 2-7384-7224-9
Le distributisme éthique et politique. La grande relève de la machine par les hommes, par Jean-Paul Lambert, l’Harmattan, 1998, 126 p., ISBN : 2-7384-7139-0
« Pour une civilisation sans monnaie »
Économie
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