Conférences en ligne - Entrevues - mp3 - Hebdomadaire - Association pour le Maintien d’une Information Indépendante : AMII
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Communiqué lu, par un membre du collectif antinucléaire Lillois rencontré par Passerellesud le 7 avril 2011 en marge de la conférence organisée par l’association Virage-énergie Nord-Pas de Calais intitulée « Quelles énergies pour notre région ? », en présence de la Commission Locale d’information de la centrale nucléaire de Gravelines, d’un expert en installations nucléaires et de membres du conseil régional du Nord-Pas de Calais...
Passerellesud.org
Un membre du collectif antinucléaire Lillois - Mp3 durée 6’03
Comme on pouvait le prévoir, la catastrophe nucléaire de Fukushima a vite ramené au premier plan, outre les experts nucléaristes attendus, les désolants supporters du « virage » énergétique français : écologistes d’État, spécialistes du développement durable, associatifs « antinucléaires » n’ayant à la bouche que « plans de sortie » en douceur, gestes écologiques « responsables » et, bien sûr, grands projets d’énergie renouvelable industrielle. Cette sérénade médiatique ne saurait pourtant chasser quelques évidences.
Dans un pays aussi nucléarisé que la France, qui tire depuis des décennies les trois quarts de son électricité de l’énergie atomique, l’éolien, par exemple, ne constitue pas la solution « écologique » de remplacement que l’on nous dit. Ajoutant ses nuisances particulières à toutes les autres, pas même rentable d’un point de vue étroitement technique - il faudrait plusieurs dizaines de milliers d’éoliennes supplémentaires pour assurer la totalité de la production nucléaire actuelle -, l’éolien industriel n’en fait pas moins quelques heureux : propriétaires agricoles, pour lesquels il est incomparablement plus juteux de louer leurs terrains aux promoteurs que de les cultiver ; grands énergéticiens mondiaux, dont les filiales spécialisées représentent une confortable rente, grâce aux tarifs de rachat d’électricité « incitatifs » que leur accorde l’État ; gestionnaires des affaires publiques, qui comptent sur l’image « verte » associée à l’éolien pour occulter la colonisation des conditions de vie par le système industriel. C’est donc de manière assez ironique que se trouve illustré l’intitulé de la soirée « du nucléaire aux renouvelables » : c’est « en marche », en effet, mais peut-être pas comme l’espéraient les antinucléaires dans le vent. Car jusqu’ici le développement planifié de l’éolien terrestre et maritime a bien plus soutenu la poursuite du saccage nucléaire qu’il ne l’a ralentie. Le programme aurait-il buggé ?
Quoi qu’il en soit, il importe de dépasser l’alternative technique dans laquelle nucléaristes et partisans d’une « sortie » statistiquement éprouvée cherchent à nous enfermer : l’État, que l’on devine assez secoué par Fukushima, fait savoir qu’il consent à « débattre » du nucléaire tout en excluant par avance d’en « sortir ». Ne tient-il pas, avec l’EPR, toujours au stade de la construction dans quelques pays, le réacteur le plus infaillible du monde ? Conscient toutefois que la seule raideur ne convient plus à l’époque, il va multiplier les mesures d’accompagnement : des audits et stress-tests des réacteurs sont déjà annoncés, tout comme est évoqué, par l’Autorité de Sûreté, un « moratoire » sur quelques-uns des projets en cours. Viendront s’y ajouter, en temps utile, de nouveaux exercices d’évacuation à proximité des centrales, d’autres forums « participatifs » de gestion du risque, une plus franche diversification du « mix » énergétique ; voire, en guise d’ultime recours, la fermeture de la centrale de Fessenheim. Autant de « signaux forts » pour les partisans de la « sortie », auxquels le désastre de Fukushima vient donner un incontestable coup de pouce. Qu’en est-il du plan viragiste ? A « confort » égal, le Nord Pas-de-Calais pourrait facilement éteindre le nucléaire à petit feu (d’ici quelques décennies, un peu de patience) à condition de développer massivement les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique des machines, le tout sous la conduite d’un « État-patron » rénové, moderniste et délivré des odieuses manœuvres de coulisse du « lobby nucléaire ». Mais qui voudra patienter ne serait-ce que 10 ans de plus, alors que les contaminations radioactives légales sont quotidiennes, que la menace de l’accident qui ne pouvait pas arriver, ici ou ailleurs, est permanente, que ces machines, qu’on se propose de rendre plus efficaces, nous abrutissent et nous asservissent, et qu’une société techno-capitaliste avec davantage d’énergies renouvelables ne constituerait qu’une variante plus « durable » de la soumission présente ? Les contre-experts « antinucléaires », toujours soucieux de ménager un mode de production qu’ils espèrent aménager, évitent de poser les questions élémentaires qui mettraient en péril leur « crédibilité » : pourquoi tant d’énergie ? Pour satisfaire quels besoins ? Pour mener quel genre de vie ?
Poser de telles questions, c’est évidemment imaginer un mouvement d’émancipation collective qui entreprendrait de bouleverser entièrement le cadre économique et politique existant. Qu’on le veuille ou non, seule la survenue d’un tel mouvement nous permettrait d’en finir rapidement avec l’électricité nucléaire. Car ne nous y trompons pas : il n’y a en France d’autre « lobby nucléaire » que l’État lui-même, qui a partie liée avec le nucléaire militaire et civil depuis plus de 60 ans et le défendra autant qu’il le pourra. C’est pourquoi, tout virage énergétique qui ne serait pas d’abord un « virage » anti-étatique, se résume à nos yeux à un mirage. La formule pour renverser l’État et reconstruire le monde, ce n’est pas Virage Énergie qui nous la donnera. Sa langue est celle du calcul, qui est la langue du pouvoir. Il nous faut parler dès à présent une langue étrangère.
http://passerellesud.org/MIRAGE-ENERGIE-par-le-collectif.html
[1] Texte communiqué à la rédaction de Passerellesud reproduit et diffusé avec l’accord du collectif antinucléaire Lillois.
« Pour une civilisation sans monnaie »
Nucléaire