Conférences en ligne - Entrevues - mp3 - Hebdomadaire - Association pour le Maintien d’une Information Indépendante : AMII
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S’il y a une spécificité du néolibéralisme c’est bien qu’il se donne pour vocation de coloniser intégralement l’intériorité des individus, des travailleurs, c’est-à-dire de refaçonner intégralement leurs désirs et leurs affects. Le régime de mobilisation néolibéral ne se contente pas de ce que des salariés viennent et accomplissent les actions qu’on leur a dictées d’accomplir, comme c’était le cas dans le fordisme. Le néolibéralisme exige que le salarié refaçonne entièrement ses dispositions pour être dans un état de mobilisation générique et permanente. C’est-à-dire, non pas d’être simplement en état de faire précisément ce qu’on lui dit, selon une check-list analytique, mais d’avoir incorporé en soi, d’avoir fait sien, le désir-maître de l’entreprise de telle sorte que la coïncidence soit telle que la mobilisation soit quasi-parfaite. Puisqu’en s’activant au service du désir-maître, le salarié a en fait le sentiment de s’activer au service de son propre désir. C’est çà, la suprême habileté de la manœuvre mobilisatrice du néolibéralisme (…)
Alors, c’est qui le néolibéralisme ? On pourrait dire que le libéralisme n’existe pas comme entité que l’on pourrait cerner de cette manière. C’est un nom commode que dans notre discussion j’ai donné, à ce que j’appelle par ailleurs : le désir-maître. Alors on pourrait dire, en descendant d’un cran dans l’abstraction, que le désir-maître c’est celui du capital, c’est-à-dire : le désir de la valorisation du capital. Mais, le capital lui-même reste une hypostase de second rang, mais tout de même... et donc il faudrait dire à la fin des fins que c’est le désir de l’entreprise - et de l’entreprise comme institution - avec à sa tête un individu particulier qui est : le chef d’entreprise, donc, l’incarnation à la fin des fins du désir-maître… Pas toujours si maître que cela d’ailleurs… puisque précisément dans la configuration actuelle du capitalisme, le chef d’entreprise n’est plus le seul maître à bord, mais il a sur le dos : l’actionnariat.
Et l’actionnariat est un truc bizarre qui va complexifier l’analyse parce qu’on peut dire à un certain moment que ce sont tels fonds de private equity ou tels fonds de pensions etc... Mais, ces fonds de pensions, ils fonctionnent à l’épargne, à l’épargne de qui ? à l’épargne de vous ! Alors, pas en France parce qu’il n’y a pas de fonds de pension, mais aux États-Unis… c’est l’épargne des salariés (…) Nous sommes dans cette situation - dont la perversité serait presque esthétique si on la regardait d’assez loin - qui veut que le salarié s’asservisse à ses propres frais ! Vous voyez c’est ça l’habileté suprême du capitalisme financiarisé et de la concurrence »
Afin de « décoloniser l’imaginaire » et produire une critique du capitalisme entendu comme une mécanique de l’enrôlement des plaisirs ou bien encore une « fabrique du consentement », Frédéric Lordon convoque et cherche avec Spinoza, les moyens conceptuels nécessaires pour montrer en quoi le système économique dominant (néolibéralisme) repose et s’adresse spécifiquement aux affects humains. Il montre notamment que la mise au travail, la mobilisation des corps au service de l’entreprise et du désir-maître reposent sur la manipulation des affects joyeux, synonymes de l’augmentation de la puissance d’agir de l’individu.
Il s’agit en quelque sorte de renouveler l’anthropologie sous-jacente à toute économie politique et de dépasser ainsi les discours dominants insolubles et inévitables.
Frédéric Lordon Mp3 durée 66'29
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Frédéric Lordon est économiste, directeur de recherches au CNRS. Il est l’auteur de nombreux ouvrages portant principalement sur l’analyse et la critique du capitalisme financier ainsi que le développement d’une économie politique spinoziste.
Point technique :
Cette séance de discussion philosophique enregistrée par Passerellesud le samedi 13 Novembre 2010 à Lille se déroule en plusieurs séquences.
Dans un premier temps l’économiste Laurent Cordonnier fait une courte introduction pour ouvrir la séance puis Frédéric Lordon présente son livre intitulé Capitalisme, désir et servitude [1]. Vient ensuite une présentation du même livre par Eric Hassenteufel (professeur de philosophie) selon le procédé du résumé puis, la formulation de questions auxquelles répond Frédéric Lordon avant de débattre avec le public, débat dont nous diffusons aussi un court extrait.
Partie I - 16’24 Frédéric Lordon
Partie II - 27’15 Eric Hassenteufel
Partie III - 20’45 Frédéric Lordon
Partie IV - 2’05 Frédéric Lordon
http://passerellesud.org/Frederic-Lordon-Capitalisme-desir.html
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