Conférences en ligne - mp3 - Hebdomadaire - Association pour le Maintien d’une Information Indépendante : AMII
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« Le fait que deux pays ne se sont plus jamais fait la guerre depuis que l’un et l’autre ont accueilli des McDonald’s est en partie la conséquence de l’intégration économique (…) McDonald’s ne peut pas prospérer sans McDonnell Douglas, qui construit les F-15 »
La guerre, plus généralement la violence, a toujours joué un rôle majeur dans les rapports sociaux. Si on ne peut évacuer la guerre de l’économie, il reste néanmoins, derrière la permanence de leurs relations, à en rechercher les formes singulières et changeantes. L’histoire des deux derniers siècles a laissé l’image de guerres circonscrites dans le temps et menées entre États souverains, y compris par le truchement des guerres de colonisation (puis de décolonisation). L’hypothèse qui sera développée est que de nouvelles relations entre l’économie et la guerre se sont nouées au cours des deux dernières décennies (la mondialisation).
Extrait de la conférence de Claude Serfati, Enseignant-chercheur en économie, Centre d’Économie et d’Éthique pour l’Environnement et le Développement (C3ED), Université de Saint-Quentin-en-Yvelines, tenue le 17 Mars 2009 à l’Espace Culture de l’Université de Lille 1 pour un cycle de conférences données sur le thème de la guerre, organisé par les Rendez-vous d’Archimède.
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Claude Serfati Mp3 durée 21’59
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La période contemporaine est marquée par une diminution considérable des guerres entre grands pays développés, mais aussi des guerres inter-étatiques « classiques ». En revanche, les recherches soulignent l’importance des « nouvelles guerres » (M, Kaldor), qualifiées également de « conflits civils » (Banque mondiale) et « guerres pour les ressources ». Ces guerres ont exterminé des dizaines de millions de personnes, augmenté la misère et déplacé des centaines de millions de personnes. Bien que ce type de guerres soit plutôt en déclin dans les dernières années, il y avait encore, en 2008, vingt-quatre pays dans lesquels ces guerres persistaient. Pour l’équipe de chercheurs de la Banque mondiale réunis par P. Collier , la mondialisation réalise une intégration par le haut, mais le processus peut néanmoins laisser certains pays soit à l’écart, soit en retard dans l’adoption des mesures favorables à la globalisation, de nature soit économique (libéralisation des échanges, privatisation des industries, dérèglementation des marchés), soit politique (promotion de la bonne gouvernance). Ce retard produit, à son tour, une exclusion de ces pays des bénéfices de la mondialisation. En revanche, les mesures de bonne gouvernance, lorsqu’elles sont mises en œuvre, sont les plus efficaces garantes. L’économie politique de la Banque mondiale, étayée par les théories économiques dominantes, repose donc sur le triptyque : économie de marché - bonne gouvernance - paix. On peut développer le point de vue inverse et considérer que les guerres, dont il est question ici, constituent une des figures de la mondialisation contemporaine. Les ressources naturelles peuvent en être une cause, parfois elles en fournissent l’opportunité, souvent elles en prolongent la durée. Les canaux qui relient ces guerres « locales » aux processus mondiaux sont multiples. Ils se situent du côté de la demande de ressources naturelles adressée par les consommateurs des pays développés, de l’offre (la production ou l’extraction) proposée par les STN (Sociétés TransNationales) dans les pays belligérants. D’autres connexions passent par le recyclage des ressources financières vers les places financières « sûres » des pays du Nord, le commerce des armes (dont une partie vient des industries des pays développés ou émergents) ou encore par les institutions financières internationales, en particulier la Banque mondiale qui facilite souvent, par des programmes qu’elle finance, la poursuite de ces guerres.
http://passerellesud.org/Claude-Serfati-economie-et-guerre.html
[1] Extrait de l’article intitulé Économie et guerre : des interrelations complexes par Claude Serfati publié par les nouvelles d’Archimède, journal culturel de l’Université de Lille 1 n° 50, page 9.
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