Conférences en ligne - Entrevues - mp3 - Hebdomadaire - Association pour le Maintien d’une Information Indépendante : AMII
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Accordé à « tous ceux qui s’attachent à faire vivre d’autres productions culturelles que celles pensées par et pour le marché » Passerellesud propose de réécouter quelques extraits sonores d’un entretien qu’André Gorz accordait à François Noudelmann en octobre 2005 (archive de Radio France - 1re diffusion le 14 octobre 2005)
André Gorz, philosophe, journaliste français, penseur de l’écologie politique, nous livre dans ce document sonore, une pensée d’une étonnante actualité et tsunamiquement à contre-courant de l’idéologie productiviste, travailliste.
L’ écologie politique est une écologie de l’espèce humaine - espèce qui a recours à la politique pour assurer son avenir et celui de sa descendance. Plus qu’une politique, on peut la considérer comme une éthique, aspirant à une plus grande harmonie, autonomie, solidarité, efficacité et responsabilité.
En tant que politique sociale, elle prend en compte les conséquences de nos actes sur notre milieu, non seulement écologique, mais aussi humain, social et sociétal, avec en particulier l’impact sur notre santé, celle des autres, et sur celles des générations futures. [1]
Critique de la raison économique :
Auteur d’une vingtaine d’ouvrages philosophiques, André Gorz décline tout au long de sa vie de penseur critique, une vision englobant autant le domaine politique que celui du monde du travail en évoquant par exemple le divorce entre la vie et le travail.
Dans Métamorphoses du travail : critique de la raison économique, il remet en cause le système d’évaluation économique de toutes les activités humaines régulées par l’argent en mettant en avant l’idée de placer la raison économique sur un plan subalterne tout en replaçant l’émancipation et le développement humain au centre de sa réflexion.
Selon André Gorz, l’écologie est l’outil idéal pour faire une critique positive de l’économie, pour montrer que la création de toutes richesses aurait un fondement qui ne serait pas économique mais « pré économique » ou « post économique » c’est-à-dire, qui renvoie à une toute autre forme de rapport à la nature et à la matérialité que l’économie capitaliste. C’est la contradiction entre richesse et valeur.
Le régime capitaliste a pour but de créer non pas de la richesse mais de créer de la valeur par la production de choses échangeables et monnayables, donc réciproquement, ce qui n’est pas échangeable et monnayable n’a pas de place dans l’économie capitaliste comme par exemple l’amour, l’affection, la solidarité, le respect de la nature et se voient donc éliminés par la rationalité de la valeur.
André Gorz MP3 Durée : 6'26
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Document audio :
Dans ce document, André Gorz dit qu’il est avant tout nécessaire d’inventer de nouveaux modes de vie (la culture) dits post capitalistes et que la prise de pouvoir au sens politique est secondaire.
En faisant une distinction entre « sphères de l’autonomie » et « sphères du loisir » Gorz observe que la stratégie de domination du capital consiste à empêcher l’apparition « d’espaces d’auto-activités » émancipateurs, conduisant les gens à croire que le travail rémunéré, celui de l’emploi, serait indispensable à leur dignité et épanouissement personnel.
Il ajoute que la raréfaction des emplois (et pas du travail) correspond à une stratégie de domination amenant les gens à devoir accepter des conditions de travail toujours plus difficiles, dans un système ou ceux-ci sont de plus en plus dépendants de l’emploi pour répondre à leur besoins, par l’utilisation de l’argent et des marchandises.
Pour toute tentative d’émancipation, les individus doivent rompre avec ce qu’il nomme « l’imaginaire du travail ». En utilisant la métaphore de « l’exode », le philosophe propose de prendre mentalement et spirituellement de la distance avec la société de l’emploi, du salaire et de la marchandise afin de préparer cette rupture.
Enfin en prenant l’exemple des informaticiens, André Gorz explique que la nature de la force de production la plus importante et la plus indispensable sur laquelle repose l’économie actuelle (créativité), exige un perpétuel travail d’auto épanouissement des facultés intellectuelles, culturelles et morales, humaines, de telle sorte que par nature, le développement de cette force de travail se doit d’être dégagée, des contraintes de temps liées à l’emploi, réalisant ce que Marx interprétait comme le « Surtravail » c’est-à-dire l’utilisation par les travailleurs de leur propre productivité afin de disposer du temps nécessaire à leur émancipation.
L’immatériel
Bien qu’assez âgé, il produisit aussi un livre consacré à l’analyse de la démarchandisation que pouvait opérer les réseaux de l’internet libre, la découverte de nouveaux espaces de création et de coopération parcourus par « les colonisateurs d’un nouveau monde ».
Dans son livre intitulé « l’immatériel, Connaissance, valeur et capital » l’auteur montre le glissement, la mutation qui s’opère entre la production matérielle (marchandisable) et production immatérielle (savoir, développement humain, bien commun, dématérialisation de la production) dans le contexte récent du capitalisme livré à l’ère de la société de l’information et de l’économie numérique dans son rapport à la science et aux hommes.
Il montre aussi comment la science autant que le capitalisme privent l’humain du retour réflexif sur soi nécessaire à la pensée. Qui mènera la bataille de l’esprit ? Pour André Gorz, le « néo prolétariat post industriel » serait « le principal acteur futur d’une mutation culturelle anti-productiviste et anti-étatiste » s’appuyant sur les logiciels et les réseaux libres, « lieu structurel de la contestation du capitalisme mondialisé ».
Remarques :
Si il s’avère juste par exemple, que le mouvement alter mondialiste structure sa dissidence en puisant et en développant son réseau par Internet, qualifié de « matrice » par Gorz, le réseau se doit alors d’être considéré comme un lieu de pouvoir et de stratégie dont il est nécessaire de garantir la préservation de son accès et de son contrôle de façon démocratique à l’échelle planétaire. Sur ce point nous orientons le lecteur vers notre article intitulé Internet et géopolitique : les enjeux de pouvoir.
Nous rapprochons la notion de « néo prolétariat post industriel » établie par Gorz au concept de « Pronétariat » développé par Joël de Rosnay avec la collaboration de Carlo Revelli dans l’ouvrage intitulé « La Révolte du pronétariat » distribuée gratuitement sous licence Creative Commons ».
http://passerellesud.org/Andre-Gorz-rompre-avec-les-acquis.html
[1] Source : Écologie politique→Wikipédia
« Pour une civilisation sans monnaie »
Décroissance