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25 mai 2013
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Entrevue

Agnès Sinaï, en quoi FUKUSHIMA est-il un accident planétaire ?

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Du déni de l’ampleur d’une catastrophe et de ses conséquences sur l’atmosphère globale de la planète

Agnès Sinaï est journaliste indépendante (Le Monde diplomatique, La Revue durable, Actu-environnement). Membre du comité de rédaction de la revue Entropia. Auteure et Maître de Conférences à l’Institut d’Etudes politiques de Paris.

Passerellesud  : En quoi FUKUSHIMA est-il un accident planétaire ?

Agnès Sinaï : En ce moment même, les réacteurs de la centrale sont en fusion. L’unité quatre de la centrale de Fukushima Daiichi comporte une piscine construite au dessus d’un réacteur, contenant des fûts remplis de combustible. S’ils étaient endommagés par un nouveau tremblement de terre, voire par un typhon de grande violence - comme redoutés au Japon - ils pourraient se trouver exposés à ciel ouvert. Endommagés, fissurés d’une manière ou d’une autre, il y a là, le risque que ces fûts entrent en combustion puisque le combustible demande un refroidissement permanent... Comme énormément de radioactivité se trouve compactée - avec de très fortes teneurs en césium 137, dont la période de radioactivité est de 24 années - la libération de cette radioactivité ne concernerait pas seulement la zone de confinement de 30 km autour de la centrale mais elle se répendrait en atteignant les USA, la Chine puis l’atmosphère globale de la planète. Plusieurs observateurs redoutent l’évolution de cette piscine.

De quelle manière cet événement est-il actuellement géré, d’un point de vue international ?

Il n’y a pas de gestion internationale de cet évènement, mais plutôt une gestion internationale du déni de l’ampleur de celui-ci. Il existe une Agence Internationale de l’Energie Atomique - AIEA - [1] qui est sensée gérer la régulation des combustibles nucléaires sur la planète. Elle le fait, mais comme elle est dépendante des industries nucléaires, elle n’a rien à dire concernant la piscine de l’unité quatre... Aujourd’hui, il n’y a pas de gestion multilatérale de l’avenir de la centrale de Fukushima Daiichi sinon par une minimisation systématique de l’ampleur et de la durée de cette catastrophe. La gestion de ce désastre dans le temps n’est pas suffisamment pensée par l’AIEA, ni par ses agences satellites comme le Comité scientifique des Nations Unies sur les effets des Rayonnements Atomiques - UNSCEAR - [2] qui est relié à l’AIEA et lui aussi basé à Vienne en Autriche. Ces deux organismes qui ont la responsabilité de tracer les émissions radioactives ont beaucoup de mal à se résoudre, à rendre public le rapport sur les effets de la radioactivité causés par Fukushima. Ce rapport prend beaucoup de retard en raison du fait qu’il sera difficile de dire, aux populations Japonaises concernées, qu’il faudra qu’elles évacuent bien au delà de la zone de 30 km autour de la centrale. Il y a un véritable problème de seuils de radioactivité admissibles, ces seuils sont définis par l’UNSCEAR, l’AIEA et la Commission internationale de protection radiologique - CIPR - [3]. Pour le moment, ces 3 organismes ne sont par parvenus à se mettre d’accord sur les seuils d’évacuation parce que le risque serait de devoir évacuer la capitale du Japon, surtout s’il y avait destruction de la piscine de l’unité quatre. Dans ce cas, il faudrait prendre des mesure d’évacuation, bien supérieures aux mesure prises actuellement. Cela supposerait que la population Japonaise soit évacuée en dehors même du territoire insulaire. C’est une réalité qui n’est pas du tout mise sur la table des médias MainStream par les agences compétentes...

Selon vous, comment les habitants de cette planète peuvent-ils agir afin de prendre en charge cette situation ?

Je crois qu’il faut faire des manifestations comme la chaîne humaine contre le nucléaire qui a été organisée à l’occasion du premier anniversaire de la catastrophe de Fukushima. Il faut que des millions de citoyens aillent dans la rue, à l’occasion de ces rassemblements, pour signaler aux pouvoirs publics, l’importance de mettre l’arrêt du nucléaire au premier rang de l’agenda. Je ne crois qu’à la mobilisation physique des citoyens... Malheureusement, la chaîne humaine n’a pas rassemblé assez de monde et pourtant il y avait déjà entre trente mille et quarante mille personnes... Personne n’en a parlé dans les médias MainStream. Peut-être parce que cela ne suffit pas, peut-être qu’il faudrait 3 millions de gens la prochaine fois... Je crois qu’il faut descendre dans la rue et soutenir les associations qui se mobilisent, pour proposer une expertise indépendante sur ces questions, comme le fait en France la Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité – CRIIRAD - [4]. Aujourd’hui à Fukushima City un laboratoire indépendant de mesure de la radioactivité a été créé, le CMRS [5], il faut éventuellement le soutenir, tout en développant ce genre d’initiative ailleurs, pour qu’il n’y ait pas uniquement une parole officielle, sur ces questions très compliquées ◙


Passerellesud média libre, propos recueillis le samedi 19 mai 2012 à l’occasion du colloque organisé par Entropia, Revue d’Etudes théoriques et politiques de la décroissance, tenu à la La Roche-Vineuse, Saône-et-Loire.

Pour citer cet article :

Thomas Gauthier, « Agnès Sinaï, en quoi FUKUSHIMA est-il un accident planétaire ? », Passerellesud.org, première diffusion le 23 mai 2012. ISSN : demande en cours. URL : http://passerellesud.org/Agnes-Sinai-en-quoi-FUKUSHIMA-est.html

Notes

[1] L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) est une organisation internationale autonome, sous l’égide de l’ONU. Elle rend un rapport annuel à l’assemblée générale de l’ONU et à chaque fois que demandé par le Conseil de Sécurité. Fondée en 1957 et basée à Vienne, elle cherche à promouvoir les usages pacifiques de l’énergie nucléaire et à limiter le développement de ses applications militaires.

[2] Créé en 1955, le Comité scientifique des Nations Unies sur les effets des rayonnements atomiques (UNSCEAR) établit périodiquement des synthèses de l’ensemble des données scientifiques internationales sur les sources et les risques des rayonnements pour l’environnement et la santé. Il propose des estimations de risques et les résultats de ces travaux sont utilisés par d’autres organisations pour proposer des limites de doses et des dispositions en matière de radioprotection.

[3] La Commission internationale de protection radiologique (CIPR, en anglais International Commission on Radiological Protection ou ICRP) est une organisation internationale indépendante, soutenue par de nombreuses associations et gouvernements, visant à la protection contre les rayonnements ionisants (radioactivité et autres rayonnements). Ses recommandations concernent la mesure de l’exposition aux radiations et les mesures de sécurité à prendre sur les installations sensibles. Elles ne font pas force de loi mais sont reprises et adaptées par les législations nationales.e

[4] La Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (CRIIRAD) est une association loi de 1901 française, agréée dans le cadre de la protection de l’environnement. Elle conduit des études et des analyses dans le domaine de la radioactivité. Elle a été créée en mai 1986 par Michèle Rivasi à la suite de l’accident de Tchernobyl.

[5] La Station de Mesure de la Radioactivité des Citoyens (CRMS, en anglais Citizens’ Radioactivity Measuring Station) est une organisation indépendante, basée au Japon et dont l’objet consiste à produire des mesures de radioactivité afin de donner aux citoyens les moyens de minimiser leurs risques d’exposition aux pollutions radioactives. Le CMRS collecte et publie des données concernant le degré d’exposition des populations à la radioactivité interne, externe et alimentaire. Le CMRS est une plateforme d’échanges et d’expertises de niveau national et international, et participe à l’installation de stations de mesures au Japon. Le CRMS forme les populations à l’utilisation des outils de mesure de la radioactivité et répond aux demandes de mesures émanant de citoyens.

Cet article a été publié le mercredi 23 mai 2012

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